5 siècles après, la traite négrière vient d’être reconnue comme la pire forme de crime contre l’humanité. Entre votes et abstentions, questionner cette atrocité revient à remettre sur la table une horreur qui a été légalisée et légitimée par de nombreux pays et institutions et de situer les responsabilités.
Presqu’une semaine déjà que l’histoire des Africains s’est vue ajouter une information. Le Ghana a porté le projet, l’Union Africaine l’a adoubé et l’ONU l’a reconnu. Ce mercredi 25 mars 2026 est la date où 123 pays ont reconnu que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains sont « l’injustice la plus inhumaine et la plus durable contre l’humanité ». Par contre 3 pays ont jugé utile de voter contre et 52 ont préféré s’abstenir.
Mais pourquoi cette atrocité très documentée et avérée ne fait pas l’unanimité ?
Faisons une mise en contexte. Tout être humain a une fois déjà entendu parler de la traite négrière ou traite transatlantique. Et si vous venez de Mars ou de Neptune, la traite négrière est un système organisé de capture, vente et transport de populations africaines vers d’autres régions du monde, où elles étaient exploitées comme esclaves. Entre les 400 ans d’esclavage, 80 ans de colonisation et des années en cours de néocolonialisme, le continent africain n’a cessé de se vider de sa ressource humaine, de son intégrité et de son développement.

Qui ne dit mot, ne consent ?
Le jour du vote, alors qu’on aurait pu penser à un 178/178, les États-Unis d’Amérique, l’Argentine et Israël ont voté contre cette résolution. Pour les USA, pays d’arrivée des esclaves, cette résolution n’a aucun droit légal pour des réparations à des torts historiques qui n’étaient pas illégaux au regard du droit international au moment où ils se sont produits. Quant aux abstentions, au nombre de 52, concernent des pays de l’Union Européenne et l’Angleterre, des pays qui ont été les logisticiens de tout ce système. La formulation « plus grave crime » dérange en ce sens qu’on ne devrait pas hiérarchiser les crimes contre l’humanité. Mais pour la France, voter pour, c’est toucher du doigt la question des réparations et donc réouvrir le dossier sur la dette d’Haïti. Risque à ne pas prendre dans ce contexte d’inflation et d’instabilité mondiale.
Qu’est ce que reconnaitre la traite négrière représente pour les victimes ?
Ce n’est pas qu’une résolution. C’est le changement du narratif africain et afro-descendant. Longtemps l’histoire a minimisé cette décimation raciale. Minimisation qui continue à engraisser le racisme aujourd’hui. Il est vrai que les principaux auteurs n’aient pas assumer totalement mais il revient aux africains et afro-descendants de la partager, de la revendiquer, de l’assumer.
La traite négrière a été reconnue comme la pire forme de crime contre l’humanité… et alors ? Et alors, elle rend hommage à toutes ces personnes qui se sont battues, depuis les côtes des pays africains, aux marronnages. Elle rend honneur au Ghana, porteuse de la résolution, au Bénin pour toutes ses actions mémorielles et co sponsor, à l’Union Africaine, à l’ex député Christiane Taubira qui a fait voté une loi sur la reconnaissance en 2001 en France, à la communauté caribéenne (CARICOM) et à toutes ces personnes invisibilisées.

